Leçon n° 82 : La dette grecque et l’Union Européenne, noyée dans l’océan de la dette publique

Leçon de Géostratégie Africaine n° 82

La dette grecque et la crise existentielle de l’Union Européenne noyée dans l’océan de la dette publique

grece

 

Lundi 13 juillet 2015, au petit matin, après 17 heures de négociation, les 19 pays de l’Eurogroupe nous annoncent triomphalement avoir trouvé un « accord historique », comme dira le président français en conférence de presse. Historique ? Monsieur le président, vous voulez blaguer ? Le penseur français Honoré de Balzac né à Tours en France le 20 mai 1799 et mort à 51 ans à Paris le 18 Août 1850 a écrit plus de 90 romans regroupés sous le titre de « Comédie humaine ». Lorsque son père va à la retraite, il quitte Paris pour la campagne. Mais le jeune Balzac veut rester dans la capitale, mais n’a pas les moyens d’y vivre. Il décide alors de devenir écrivain. C’est lui qui est à l’origine de la création de la « Société des gens de Lettres » pour protéger les droits des auteurs. Mais cela ne sera pas suffisant. Il n’arrive pas à vivre de ses œuvres. Il est obligé de s’endetter très lourdement. Et comme il ne peut pas payer ses dettes, il est obligé de changer constamment de nom et de domicile pour fuir les créanciers. La « Comédie Humaine » s’inspire de sa propre vie de cirque où il doit constamment mentir. C’est donc ainsi qu’il écrira la très célèbre citation :

« Il y a deux histoires: l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des événements. »

Si ces deux histoires s’appliquaient d’abord à lui-même, Balzac pointait du doigt l’histoire officielle qui n’est qu’une succession de mensonges. Dans le feuilleton grec, nous avons en face de nous une succession de mensonges et de bluffs.

On nous a dit qu’il y avait 2 camps : ceux des faucons, protestants, riches, nordiques, aryens et les autres, méditerranéens, catholiques, faux, pauvres. Les premiers sont stricts, rigoureux dans les dépenses publiques et les seconds veulent faire la fête avec l’argent des premiers. Tout cela est du pur bluff bien évidemment. Le premier mensonge vient du fait que tous les 19 pays de l’Eurogroupe sont des canards boiteux en matière de finances publiques. Tous, sans aucune exception croupissent sous le poids des dettes. L’histoire officielle d’une Grèce qui attendrait d’être financée par des pays riches est de la pure Comédie Humaine. Dans ce bluff officiel, il y a même un guignol qui s’est présenté à Bruxelles nous expliquer que François Hollande devait se mettre sous Merkel, pour envoyer la Grève au tapis. Ce guignol, c’est l’ancien président français Sarkozy, qui est en partie responsable de la situation calamiteuse dans laquelle on se trouve aujourd’hui, parce qu’il n’a pas su contribuer à apporter la solution qu’il fallait en 2010 lorsque le cas grec a explosé.

Toute la journée du 13 juillet, le cirque a continué avec ces acteurs qui ont fanfaronné comme ils pouvaient, des pseudos experts qui auraient mieux fait de se taire, plutôt que d’étaler leur ignorance de façon aussi théâtrale sur des plateaux de télévision.
L’intelligence nous suggère de rechercher l’histoire secrète de Balzac et non celle qu’on nous a racontée. Pour y arriver, demandons-nous si c’est vrai qu’il y avait autour de la table de négociation, d’un coté le méchant élève la Grèce et de l’autre les maîtres, la France et l’Allemagne ? Pour le savoir, oublions un instant les comptes grecs qu’on nous dit truqués et penchons nous sur les comptes de celle qui prétend avoir sauvé la Grèce, la France. Selon l’histoire officielle menteuse, la dette publique de la France est de 2000 milliards d’euros en 2015. Cette information n’a de valeur que si nous donnons de la crédibilité à celui qui nous la communique, la France. Si nous donnons raison à Balzac, que tout cela n’est qu’une comédie, alors, cela veut dire mettre en doute la sincérité des informations que la France nous communique au sujet de sa dette publique, puisqu’elle a la position privilégiée d’être en même temps débiteur et créancier. Elle emprunte à un taux favorable et le prête ensuite au taux qu’elle veut. C’est ce qu’on appelle l’aide au développement : une somme empruntée sur le marché, puis prêtée à un pays africain après y avoir ajouté un gain. C’est un peu comme si j’allais en Chine acheter des motos, j’y ajoute mon gain et je les revends en Afrique. On dirait que j’aide l’Afrique, et mon commerce prendrait le nom d’Aide au Développement. Il y a encore des naïfs aujourd’hui en Afrique qui croient franchement qu’il y a un pays qui aide l’autre.

Revenons à la France. Si nous mettons en doute son niveau d’endettement, alors comment ferons-nous pour avoir l’histoire secrète? En d’autres termes, quel est la vraie dette de la France ?

La France n’a pas 2000 milliards d’Euros de dettes publiques, mais 5200 milliards d’Euros. Ce n’est pas moi qui délire, mais c’est le résultat d’un calcul méticuleux qu’a fait un économiste français su nom de Jean-Yves Archer. Il a expliqué en détail comment la France fait pour mentir et cacher la plus grosse partie de sa dette publique. Son analyse se trouve dans plusieurs quotidiens français, dont Le Figaro du 11 Juin 2015. Voici ce que déclare le professeur (d’économie) Archer :

« Le citoyen en qualité d’électeur tout autant que de contribuable sait largement qu’il existe une dette, générée par les gouvernements de gauche et de droite, qui dépasse les 2035 milliards et frôle par conséquent les 100% de notre PIB. Mais, il y a une dette immergée qui s’invite à bien des évènements de la vie de la sphère publique. Lorsque l’État apporte une garantie aux prêts bancaires de l’UNEDIC (dont la dette atteint 20 mds), cela ne se retrouve pas dans son bilan. Quand l’État soutient à bout de bras la situation de la banque DEXIA, cela n’est pas inscrit au bilan mais dans les cautions accordées. Lorsque l’État employeur prévoit la future retraite de ses agents, le montant des provisions pour pensions est inscrit ailleurs qu’au budget annuel approuvé par le Parlement. Autrement dit, ces trois exemples illustrent l’importance de ce que l’on nomme «les engagements hors-bilan» de la France dont le montant total est égal à près de 3.200 milliards d’euros. […]
Dans cette question de dette publique, je dois observer que l’on abreuve les médias d’informations sur les quelques 2.000 milliards de dette au sens de Maastricht mais que la dette immergée n’est que très rarement évoquée (…) Si l’on aime la rectitude, il faut poser que notre dette totale est de 5.200 milliards. (…) La dette immergée est comme le diabète ou le glaucome, une maladie silencieuse et indolore jusqu’au jour où il est trop tard (…) En République, être pudique sur des chiffres du secteur public n’est jamais gage d’éthique. Le gouvernant mise sur la crédulité ou sur l’hypoalgésie tandis que le mal perdure et enfle. Un simple chiffre: avec 3.200 milliards d’euros, le hors-bilan représente 158% du PIB. Quant à sa dynamique, elle est nette: en dix ans, ce hors-bilan a été multiplié par 3,5. »

Cet économiste vient de nous montrer comment la France truque ses comptes pour présenter aux créanciers un niveau de dette publique, moins de la moitié du vrai montant. Elle peut donc, se présenter la table de négociation avec la Grèce en donneuse de leçon.

Et que dire de l’Allemagne ? Pareille ! Mais non, pire.

Dans son édition du 28 juin 2012, le journal de la télévision fanco-allemande Arte nous a donné le vrai chiffre de la dette allemande et qui serait de 7.000 milliards d’Euros et non les 2000 qu’elle nous annonce. Les allemands selon ce media utilisent le même système de maquillage des français. Voici ce qui est dit à l’antenne ce jour-là le journaliste Frédéric Toussaint :

« La vrai dette en chiffre : Il comprend les retraites, la sécurité sociale, l’évolution démographique défavorable du pays, les malades ou encore les personnes dépendantes. D’après de nouveaux calculs, l’addition est autrement plus salée : un mensonge de 5 000 milliards d’euros supplémentaires. Soit un total de 7 000 milliards d’euros de dette publique! L’Allemagne serait donc endettée à hauteur de 270 % de son produit intérieur brut et non pas 83 % comme officiellement annoncé. Par comparaison, la dette grecque devrait être de 186% du PIB en 2012. »

Mais plus récemment, des économistes allemands se sont penchés sur ce mensonge.

Nous sommes mardi 21 mai 2013. Dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), il y a une analyse publiée depuis février 2013 par deux économistes, Lars Feld et Ekkehard Köhler, avec le titre : « Et si la dette publique allemande était elle aussi trop élevée ? » En clair, voici ce qu’ils écrivent :

« En établissant un comparatif depuis 1850, soit 21 ans avant l’unification allemande, l’étude montre que le niveau actuel de la dette publique allemande, 82 % du PIB, est le plus élevé en temps de paix si l’on exclut l’année 1923 marquée par l’hyperinflation. Jusqu’au début des années 2000, le plus haut historique touché par la dette allemande en temps de paix avait été de 60 % du PIB. « Record » atteint à trois reprises : deux fois sous l’empire en 1892 et en 1909, puis, après la réunification à la fin des années 1990. »

Voici ce qu’ils en concluent :

« Les finances publiques allemandes ne sont pas les plus vaillantes qui soient. Lorsque l’on sait que les investisseurs sont aujourd’hui prêts à acquérir cette dette moyennant, parfois, des taux négatifs, alors que, lorsqu’elle était en deçà de son plus haut historique, ils en réclamaient 4 ou 5 %, on peut s’interroger sur l’existence effective d’une bulle sur la dette allemande. »

Donc, la population allemande ne sait même pas que son pays est tout aussi en difficulté financière que ses voisins et donc, ne peut pas aider la Grèce comme la propagande l’a tapagé. Ce qui est certain est que, l’or de la Banque nationale de Grèce emporté par les nazis allemand n’a jamais été restitué à ce jour. Pourtant, on nous dit que l’Allemagne est riche. Mais j’ai compris qu’il y avait plus que du bluff lorsque le Ministre allemand des finances a sorti une proposition que même les enfants du primaire au Cameroun auraient rejetée sans même la lire, parce qu’elle parlait d’un GREXIT temporaire, qui n’existe dans aucun traité, dans aucun accord, dans aucun texte. Et donc, ce n’était en rien praticable, même pas sur le plan formel, juridique. Le plus surprenant n’est pas ce texte, mais les nombreux experts qui se sont succédés pour dire comment cette proposition état la seule porte de sortie honorable pour Tsipras. C’est-à-dire qu’ils étaient tous en train de multiplier de nombreuses variables par ZERO, ce qui devait toujours finir par être Zéro, c’est à dire du Néant.

Mais le cas Allemagne avait déjà explosé un an avant, avec le quotidien économique Handelsblatt. Dans son édition du 5 octobre 2011, dans un article intitulé : « Le grand mensonge allemand », l’économiste allemand Bernd Raffelhüschen utilise une méthode très simple, qui consiste à additionner tous les déficits budgétaires allemands dans tous les secteurs publics : santé, sécurité social, retraites etc. Voici ce que les auteurs de l’analyse disent pour conclure :

« Avec une population croissante, la puissance économique des états va augmenter, leur PIB également, et par là même, leur base d’imposition. Un élément impossible à prendre en compte pour l’Allemagne (…) Ces 7 000 milliards d’euros sont un chèque sans provision que nous avons signé et que nos enfants et petits enfant devront payer »

Et avec cela on a parlé de crise de confiance ? Si dans l’histoire officielle c’est la Grèce qui n’inspire pas confiance et c’est elle qu’on humilie, dans l’histoire secrète c’est eux tous qui sont dans la même situation. La Grèce est le Judas qu’on sacrifie pour avoir l’illusion d’être saucé. Dans la fable de la Bible chrétienne, Jésus a besoin de mourir pour sauver, mais pour qu’il meure, il faut bien que quelqu’un se sacrifie pour le trahir. Ce quelqu’un doit ensuite servir de souffre-douleur des autres pour qu’ils sente moins le poids de leurs péchés. Ce Judas c’est la Grèce. L’humiliation infligée à cette Grèce n’est au fond que de la poudre aux yeux. Prenez le temps de lire les prétendues règles qu’il faut adopter en 3 jours. A-t-on besoin d’être un économiste pour se rendre compte qu’aucune de ces mesures n’est sérieuse ? Depuis 5 ans, tous les biens publics qu’on a réussi à vendre ont donné à peine 8 milliards d’Euros. Il parait que parce qu’en une nuit du 12 juillet 2015 19 pays se sont mis à parlementer sur ces biens, il sera possible en quelques mois d’obtenir 50 milliards des restants biens qu’on n’avait pas pu privatiser. Il parait qu’à peine ils ont entendu que l’accord a été trouvé, les investisseurs du monde entier qui ne savaient plus où mettre leur argent, se bousculent tellement nombreux aux portes de la Grèce, qu’en multipliant leurs prix par 10, ils vont courir pour laisser leur argent. Et ces 50 milliards seront bien tenus en Grèce et la moitié servira à des projets productifs. Quel bonheur, quelle information libidineuse arrivant de l’Eurogroupe !

Dans tous les cas, ces deux exemples de l’Allemagne et de la France nous montrent que la crise dite grecque est la crise européenne de la dette. Tout le cinéma qui l’a entourée montre à quel point les européens sont arrivés à un point de non-retour et ont toujours de la difficulté à comprendre qu’une dette, même immense, doit être remboursée. Dans a vraie histoire secrète de Balzac, on a sacrifié la Grèce et le fait de nous dire que la Grèce a truqué ses comptes sert à nous manipuler et nous donner l’impression que les autres qui accusent la Grèce n’ont pas recouru à de tels stratagèmes pour maquiller leurs comptes avant l’entrée dans l’Euro. Ce qui est faux, bien évidemment. Il a été prouvé que tous les pays ont fait exactement comme la Grèce. C’est même celui qui est devenu président de la Banque Centrale Européenne qui était dans le directoire de la banque d’affaires qui s’est le plus activé pour aider les pays européens à truquer leurs comptes. On découvre ainsi que plusieurs banques britanniques se sont prêtées à l’opération qui consistait tout simplement à acheter la partie de la dette qui débordait, contre 1% du montant de la somme en question. Quitte ensuite à les restituer à ces Etats une fois que les comptes avaient été validés pour l’entrée dans la monnaie unique, l’Euro. Tous ont recouru à ce maquillage, et pas seulement la Grèce. L’erreur de la Grèce est de n’avoir pas compris que cette opération n’était que temporaire et qu’une fois dans l’Euro, il fallait reprendre la totalité de sa dette. Et commencer immédiatement les réformes nécessaires pour ne pas se faire démasquer. Ils ont tout simplement continué comme si cette dette vendue à quelqu’un avait vraiment disparu. Erreur fatale. Ils sont arrivés à l’impensable de vouloir effacer leurs dettes d’un coup d’éponge avec une élection.

QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?

Lorsqu’un africain assiste au spectacle lamentable que les dirigeants politiques européens ont offert cette semaine après le référendum pour ou contre l’austérité imposée par l’Europe, on a envie de pleurer par pitié pour tout le peuple européen guidé par des incapables. Du président de la Commission Européenne Junker à la directrice du Fond Monétaire International en passant par la chancelière allemande et le président de la république française, tous y ont ajouté une couche, qui permettait de valider l’acte de décès de l’Union Européenne. Pourquoi tout d’un coup, les prétendus « pays démocratiques » peuvent-ils à ce point être allergiques à la seule idée de donner la parole au peuple ? Comment n’arrivent-ils pas à comprendre qu’on n’a pas besoin d’avoir fait une faculté de médecine pour savoir que lorsque vous avez administré un médicament à un malade pendant plusieurs jours et sa situation continue de s’empirer, il faut immédiatement arrêter le traitement et essayer autre chose ? Comment peut-on arriver au paroxysme de la prédation au point d’appeler une dette comme étant une aide? Comme par définition, l’aide n’est pas destinée à être retournée, tout le monde vit et opère conscient que la montagne de dette qu’on contracte ne sera jamais remboursée. Pour tirer les leçons pour l’Afrique de cette crise de la dette colossale européenne, nous allons nous servir d’un penseur européen Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier, né le 3 mars 1868 et mort le 2 juin 1951. Alain est très particulier. De la même manière que j’ai inventé le concept de « Géostratégie Africaine » à l’intérieur duquel je mets pratiquement tout, de la religion à l’éducation en passant par les analyses géopolitiques de l’actualité, avec des dates pour chaque texte, en oubliant tout ce qui est la structure classique de la pensée, Alain ne voulait pas être prisonnier d’un genre littéraire en particulier. Il avait inventé pour cela un concept, qu’il a appelé : « PROPOS ». C’était une forme de liberté d’expression qui lui permettait d’écrire tous les jours sur pratiquement tous les plus grands sujets de la société de l’actualité, sans aucune contrainte formelle ou lexicale. Il s’agit d’articles courts, avec des titres choc et un style provocateur afin de faire remuer les méninges des lecteurs. Et chaque texte porte une date. Son point d’orgue est le doute. Alain invite à éviter les formules préfabriquées pour être toujours à la recherche d’idées, de pensées et de solutions adaptées à chaque situation. Alain est contre les écoles de pensées, les courants philosophiques. Pour lui, notre intelligence est suffisante pour partir de la réalité vécue et situer notre propre vérité, contrairement à ce que les théories préfabriquées nous enseignent. Alain va écrire donc de nombreux ouvrages. Celui qui nous intéresse aujourd’hui pour tirer les leçons pour l’Afrique de la crise de la dette en Europe en général et en Grèce en particulier est: « PROPOS SUR LE BONHEUR », un livre de poche de 217 pages, composé de textes courts et datés sur l’insaisissable bonheur et comment lorsqu’on atteint le bonheur, on le perd immédiatement. Voici ce qu’il écrit :

« Il est bon d’avoir un peu de mal à vivre et de ne pas suivre une route toute unie. Je plains les rois s’ils n’ont qu’à désirer; et les dieux, s’il y en a quelque part, doivent être un peu neurasthéniques (…) Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur qui nous éveille à nous-mêmes. Il est ordinaire que l’on ait plus de bonheur par l’imagination que par les biens réels. Cela vient de ce que, lorsque l’on a les biens réels, on croit que tout est dit, et l’on s’assied au lieu de courir. Il y a deux richesses ; celle qui laisse assis, ennuie ; celle qui plaît est celle qui veut des projets encore et des travaux, comme est pour le paysan un champ qu’il convoitait, et dont il est enfin le maître ; car c’est la puissance qui plaît, non point la puissance au repos, mais la puissance en action. L’homme qui ne fait rien n’aime rien. Apportez-lui des bonheurs tout faits, il détourne la tête comme un malade. Le difficile est ce qui plaît. Aussi toutes les fois qu’il y a quelque obstacle sur la route, cela fouette le sang et ravive le feu. J’ai connu plus d’un roi. C’étaient de petits rois, d’un petit royaume ; rois dans leur famille, trop aimés, trop flattés, trop choyés, trop bien servis. Ils n’avaient point le temps de désirer. Des yeux attentifs lisaient dans leur pensée. Eh bien ces petits Jupiters voulaient malgré tout lancer la foudre ; ils inventaient des obstacles ; ils se forgeaient des désirs capricieux, voulaient à tout prix vouloir, et tombaient de l’ennui dans l’extravagance. »

La société européenne est une société où l’humain a atteint au 20ème siècle, avant les autres plusieurs niveaux de la perfection technique et scientifique. On peut donc dire en quelque sorte que la société européenne a atteint un niveau de bonheur. Mais on constate aussi que plus l’Europe est entrée dans une phase d’essor technologique et plus elle s’est ennuyée et par conséquent elle s’est retrouvée à faire des guerres par ennui comme ces désirs capricieux de lancer la foudre des rois européens dont parle Alain.
Pour Alain, le bonheur n’est pas dans le fait d’avoir réussi un certain exploit, qu’il soit scientifique ou technique, n’est pas dans le fait d’avoir fait ceci ou cela, mais d’être dans l’action pour aller vers un certain objectif bien déterminé. Cet objectif doit être forcément un idéal. C’est-à-dire un objectif qu’on ne peut pas atteindre par définition. Car lorsqu’il est atteint, il nous fait perdre le désir, sans lequel, il n’y a point de bonheur.

Lorsque, le 6 juillet, la Chancelière allemande Angela Merkel va à Paris rencontrer le président français François Hollande pour parler du NON massif au référendum grec, tout le monde s’attend à ce que ces deux leaders sortent avec une proposition résolutive. Et bien non. Ils sont sortis en disant que c’est plutôt le gouvernement grec qui devrait faire des propositions. Tout le monde est en droit de se demander pourquoi donc ils se sont rencontrés, s’ils ne savaient pas qu’en 2015 il existe un instrument appelé « téléphone », si c’était juste pour renvoyer la balle dans l’autre camp. La vérité est qu’ils s’ennuient. Ils ne savent vraiment pas quoi dire, encore moins quoi proposer. Les deux font un cirque pour le besoin de la télévision, pour envoyer des images à leurs opinions publiques. C’est tout. Tout ça pour ça ? Oui. Surtout que le 12 juillet 2015, le texte sur lequel on travaille n’est même plus celui proposé par la Grèce et voté par tout le parlement grec quelques jours plus tôt. Il s’agit d’un nouveau texte, qu’il faut ensuite expliquer aux medias, parce que nous vivons à l’époque de la démocratie de la télévision. Ce que tous les dirigeants présents ont fait et dit en conférence de presse à la fin de leur rencontre ne correspondait nullement à ce que chacun d’eux pensait ou espérait, mais à ce qu’auraient voulu entendre leurs respectives opinons publiques. Et elles ont été servies.

Pour Alain, s’il n’y a rien qui bloque et nous amène à un petit effort, nous ne pouvons pas être heureux. Il s’agit d’une Europe à 19 pays utilisant l’Euro. Pourquoi donc 2 pays peuvent décider de se voir avant pour décider ce que les autres vont voter sans protester ? La réponse est encore plus surprenante et nous vient toujours d’Alain. Les difficultés jonchées sur notre chemin sont très positives et ce sont elles qui vont aiguiser notre désir et donc préparer notre bonheur, puisque le bonheur c’est le désir. Et c’est dans le désir que le cerveau est plus actif et créatif. L’Europe est aujourd’hui prise au piège de son opulence. Elle ne désire plus rien. Elle fait des guerre par ennui. Elle s’endette par ennui. Telle mairie veut sont tram, par ennui. Elle a déjà tout et ne sait plus quoi désirer, alors peut-être le tram pourrait donner un peu de bonheur ? Mais as-tu l’argent pour le tram ? Non, cette question est superflue pour quelqu’un qui s’ennuie. Et c’est comme cela qu’on va acheter les choses les plus inutiles. Quand on se demande à quoi a bien pu servir l’argent des 300 milliards d’Euros de dettes d’un petit pays comme la Grèce, c’est-à-dire à elle seule la dette de toute l’Afrique subsaharienne, on ne voit vraiment pas. Il n’y a pas eu plus d’autoroutes, plus de ports, plus d’aéroports. Non, rien de tout ça. Ce sont des dettes par ennui.

L’Afrique a tout pour avoir le bonheur. Je n’imagine pas le Cameroun en train d’humilier le Tchad dans une rencontre pour parler de n’importe quel sujet. Parce que les deux pays sont dans la construction du bonheur. Les deux pays sont dans le désir, dans la recherche de quelque chose pour l’épanouissement de la population. Et cette recherche les prive de la même haine qu’on a vu ces jours nourrir entre les grecques et les allemands.

EN CONCLUSION :

Si les Européens ne peuvent pas aider un autre pays européen, ce n’est pas un pays africain qu’ils aideront. La vérité est qu’ils ne peuvent aider personne, parce qu’ils n’ont pas, parce qu’ils n’ont plus rien. La colossale dette publique est une hypothèque sur leurs générations futures. Cela veut dire que lorsqu’un pays européen vit au-dessus de ses moyens, il est tout simplement en train d’acheter aujourd’hui des choses et laisser à ses petits-enfants le soin de le payer la facture dans 20, 30 ou 50 ans. Voilà pourquoi dans le cas de la Grèce, tous refusent d’annuler une partie de la dette, mais plutôt de l’échelonner pour 20-50 ans. Comment des gens qui ont le cynisme d’hypothéquer l’avenir de leurs propres enfants peuvent-ils être si humanistes et si gentils pour aider les africains ? Mystère !

Dans les années 80 et 90, des ONG occidentales se sont spécialisées sur la prétendue dette africaine pour demander l’annulation des dettes des pays africains. On va découvrir seulement après, que cela n’était au fond qu’une manœuvre de manipulation pour faire passer à l’opinion publique européenne la fausse idée selon laquelle, les pauvres africains seraient à compatir parce qu’ils seraient surendettés, étouffés par la dette ; comme pour dire indirectement qu’ils étaient vertueux dans leurs propres comptes. Et c’est comme cela que le peuple a baissé la garde et on l’a pigeonné. Des autoroutes qui ne mènent nulle part ont vu le jour, des aéroports où aucun passager ne descendra jamais ont été construits, tout cela pour enrichir les familiers des politiciens européens avec des marchés publics truqués, sur le dos de la population, à qui on présent aujourd’hui la facture de la colossale dette publique. Partout des dettes sans qu’on sache bien à quoi cela a servi. L’Afrique doit éviter de servir de souffre-douleur à ces politiciens européens esclaves de l’argent, sans vision, sans cap pour leurs propres peuples. Récemment c’est la Banque Mondiale qui a fait la blague du mois de Juin 2015 en proposant d’explorer tout le sous-sol africain avec une enveloppe de 1 milliard de dollars. Lorsqu’on sait que pour trouver et exploiter un puit de pétrole il faut environ 3 milliards de dollars, on comprend vite qu’il ne s’agit que d’une blague d’été, à laquelle vont croire les mêmes africains naïfs qui ont cru à l’autre blague selon laquelle un politicien français en mal de popularité chez lui pouvait électrifier tout le continent africain. Obama l’avait fait avant lui, avec 7 milliards de dollars, mais c’est resté dans ses rêves.

Les Africains qui vivent en Grèce, en Italie, en France, en Allemagne, au Royaume Uni ou partout en Occident sont solidaires de la colossale dette publique de ces pays. Ils ne le savent pas toujours, mais le fait d’avoir élu domicile dans un pays surendetté veut dire qu’on accepte de travailler toute sa vie pour rembourser cette dette que les politiciens ont contractée sans demander son avis. Le pire c’est que même leurs enfants nés et vivant dans ces pays sont condamnés à travailler toute leur vie pour rembourser cette dette que tout le monde dit, qu’on ne pourra jamais tout rembourser. Voilà aussi pourquoi le salaire qui se divise entre Brut et Net est très différent de l’Afrique en Europe. Dans des pays comme l’Allemagne et la France, c’est du simple au double. Oui à ce point là. Il y a des africains qui continuent de travailler pour payer sans broncher la dette française, allemande, américaine, italienne, mais continuent de jacasser pour critiquer haut la main, tout ce qui bouge en Afrique, alors qu’ils nous sont complètement inutiles dans l’assiette fiscale africaine. Ils ne contribuent nullement à payer ici chez nous les impôts devant servir au remboursement de nos dettes publiques, ni à ceux qui serviront pour construire les écoles, les routes, les hôpitaux, encore moins à la création de richesse. Ils sont tout simplement pris en otage pour travailler comme esclaves (salariés) avec des prélèvements à la sources des impôts pour rembourser les dettes grecques, allemandes, française, britanniques, américaines, italiennes, espagnoles, portugaises. Voilà comment ils croyaient fuir l’enfer africain d’une prétendue misère, pour le paradis européen, où ils se trouvent piégés dans l’enfer de la colossale dette publique occidentale.

Jean-Paul Pougala

Badenkop, le 14 juillet 2015

17 commentaires

  1. aubin kuche a dit:

    Merci pour cet autre brillant eclairage Professeur pougala. L ‘eveil des consciences n’a pas besoin des propos de haines en vers d’autre Peuples , mais d’une construction logique et educative comme vous le faites . C’est toujours un veritable regal de vous lire.

    14/07/2015
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  2. Peha a dit:

    Pougala un jour ces articles vont grilles la cervelle. Mais Je me suis plus un Incons Incomp… Je dois releve le defi de la nouvelle industrie Africane avec le AAA.
    Merci de nous sortir du ronflement continantale.

    Mbenguiste reveur ( usa 2015)
    Un jour proche Je signerai comme eleveur a Bandja.

    14/07/2015
    Répondre
  3. Mondiro a dit:

    Merci professeur tjrs un vrai plaisir de vous lire
    Mais dites moi cmt puis je me procurer votre livre le tome 1 de Géostratégie Africaine. Je suis en Côte d’ivoire
    mon mail fabricemondiro@yahoo.fr

    14/07/2015
    Répondre
    • Jean-Paul Pougala a dit:

      Bonjour Fabrice,
      Malheureusement, nous n’avons pas de revendeur établi en Côte-d’Ivoire, mais nous travaillons activement pour combler ce manque. De plus amples informations sont à prévoir dans les mois qui viennent.
      Jean-Paul Pougala

      17/07/2015
      Répondre
  4. lino a dit:

    merci pour cette galette qui tombe finalement bien le jour d’une fausse révolution fêtée en France

    15/07/2015
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  5. Aimé a dit:

    Professeur, merci pour cette nouvelle lumière détaillée. J’apprecie beaucoup le choix selectif des premisses factuelles que vous faites, la maitrise du raisonnement logique orienté vers une conclusion qui vise le reveil des consciences africaines. Il fallais bien que la relève soit assurée apres les générations de Aimé Césaire et les autres…

    Cependant je me demande si le poid du raisonnement éclaré ne devrait pas etre plus present en afrique, dans les medias facilement accessibles aux africains que sur internet pour esperer un jour voir un réel emergeance d’une jeunnesse Africaine éclairée, metant en oeuvre des actions géostratégiquement reflechies.

    15/07/2015
    Répondre
  6. Chendjou a dit:

    Merci JP, pour tous ces éclaircissements. Ca nous rend encore plus fiers d’être en Afrique et de ne jamais rêver du soit-disant paradis, ni pour nous-même, ni pour notre progéniture.

    15/07/2015
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  7. Kalu a dit:

    Monsieur Pougala, je suis toujours content et fier d’être Africain(pas l’homme Africain de Monsieur SARKOZY) quand je vous lis. Je comprends que je suis devant quelqu’un qui n’a pas été en Europe mais qui y avez vécu (vivre dans le sens d’avoir bien maîtrisé la vie en Europe). ce dont je voulais vous parler, c’est de penser un peu à ce qui fait que l’homme Africain ne puisse comprendre que le paradis est chez lui. Vous venez de nous montrer comment l’Europe ment sur sa situation, tant pour sa supériorité par rapport à l’Afrique que par rapport à ses dettes… J’écris un livre sur la république démocratique du Congo. Vous voulez bien, le moment venu, m’apporter vos critiques et conseils? Si oui; alors indiquez-moi où vous adressez une copie.
    Cordiae
    lment, Kalu.

    15/07/2015
    Répondre
  8. Sammy a dit:

    Merci docta, Frantz Fanon disait:  » Chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission l’accomplir ou la trahir « .
    Grâce à vous, j’ai compris que nous ne vivons pas dans un monde mais plutôt dans un système. Il revient à notre génération de changer la donne si non nous finirons par disparaître comme les ameridiens.

    16/07/2015
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  9. Eloi Adama a dit:

    Bon courage professeur, s’il vous plait exprimez vous aussi a Afrique Media, une chaine tres suivie par la jeunesse africaine

    16/07/2015
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    • Jean-Paul Pougala a dit:

      Bonjour Eloi,
      Depuis 2 ans je ne donne plus d’interviews car je préfère me focaliser sur le travail sur le terrain. Je préfère qu’on entende parler dans les médias des résultats de mon action plutôt que mes discours, mais merci beaucoup pour le conseil.
      Jean-Paul Pougala

      17/07/2015
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  10. KAYUM a dit:

    Well done Sir !
    It’s always a pleasure reading you.

    16/07/2015
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  11. nicole a dit:

    Waouh…allongé sur mon lit et pleurant le chaumage dans mon pays en me disant que l’expatriation serait mieux pour moi…je découvre vos articles vrai dans tout le sens du terme…je vais rester longtemps accrocher. Je pense que vous pouvez faire beaucoup plus pour la jeunesse africaine.

    20/07/2015
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  12. Michael N a dit:

    Merci bcp Prof, votre travail est remarquable et vos conseils sont avisés.

    22/07/2015
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  13. Kuida a dit:

    prof c’est toujours un plus de connaissance en te lisant, guerrier forme par toi que nous sommes avons besoins de ca.nous devons etres pret sur le terrain ainsi qu’intellectuellement.merci prof

    22/07/2015
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  14. Oki Menda a dit:

    La prise de conscience africaine commencera par le respect de la chose publique par les dirigeants africains.

    01/09/2015
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  15. Arnot a dit:

    Avec un si grand écart entre les industries des pays européens, les gros poissons ne peuvent que manger les petits. Après la Grèce, a qui le tour JPP?

    22/09/2015
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